Les avatars de l'élevage laitier - causes et perspectives

Sommaire

La crise actuelle du lait n’est que la suite d’un long processus de dégradation, On pouvait espérer une stabilisation précédent un renouveau, mais c’était sans compter sur la puissance maléfique des forces de la mondialisation sauvage.

 

 

 

Pour ce qui est des causes, il est tentant de remonter le temps pour retracer cette longue évolution avant d’aborder la crise actuelle et tenter dans trouver l’origine, et tenter aussi d’y trouver des remèdes. Je le ferai sous 2 angles d’abord celui de l’élevage proprement dit et ensuite celui des structures. J’élargirai parfois l’approche à celle de l’agriculture dont il est une composante.

 

Je m’attarderai davantage sur les perspectives pour faire face à la crise actuelle. En m’appuyant beaucoup sur ce qui a déjà été écrit par André Pflimlin, retraité de l’Institut de l’élevage et excellent connaisseur du sujet (auteur de l’ouvrage, l’Europe laitière).

 

CAUSES

 1 / Le système d’élevage laitier

 Un peu d’histoire

L’élevage en général, et celui des herbivores (équins, bovins ovins) en particulier, a connu ses heures de gloire au 19 ème siècle. Il a révolutionné l’agriculture de l’assolement triennal en introduisant les fourrages dont les légumineuses, et aussi les racines et pommes de terre, comme précédents aux céréales, seigle, blé et avoine. Et en apportant la fertilisation animale. Durant plus d’un siècle la production de protéines animales, lait et viande allait être multipliée par 4 ! Sans compter la production de laine et de cuir. Et les rendements en céréales allaient en bénéficier.

 

Durant 1 siècle et demi les progrès de l’agriculture si on en juge par les rendements en blé furent continus mais lents, le rendement passera de 15 à 30 quintaux juste avant la seconde guère mondiale, après avoir connu une accélération après la guerre 14-18, suite à l’emploi des engrais chimiques.

La révolution de l’agriculture ne se fera qu’après l950 et en l’espace de quelques années, lors du passage de la traction animale au moteur à explosion et aux engins mécaniques de grande taille. Le moteur à explosion est le grand coupable du dérèglement. Même en élevage ! C’est alors que la production de lait s’est accrue de près de 100 kg par an jusqu’à aujourd’hui.

Certes cette révolution fut suivie par une autre révolution, celle des connaissances dont on a été acteurs. Relevons les effets bénéfiques : réduction considérable du travail, fin des carences alimentaires et accroissement de la population et  la réduction considérable du coût des aliments se terminant aujourd’hui en catastrophe, l’obésité !

 

Durant cette période le système de production a radicalement changé : la production par unité de surface s’est rapidement accrue, grâce aux achats extérieurs, créant des besoins en capital. Ce qui a été bien résumé par l’économiste Claude Tirel. Pour la période 1960- 1985.le produit lait en valeur monétaire a été multiplié par 2, venant de consommations intermédiaires (intrants) multipliées par 4.

 

Une fin tragique

A la fin de cette période on s’est brusquement rendu compte que ce mode de production était dramatique pour l’environnement (la conclusion que j’en avais tirée de changer radicalement la direction de nos recherches pour privilégier l’extensification (terme de l’époque) a pourtant été très mal accueillie par mes collègues ! C’était en 1986, voici 30 ans).

En Bretagne les habitants de S’t Brieuc manifestèrent pour boire de l’eau sans nitrate en agitant des bouteilles d’eau. Ils furent compris par un groupe voisin d’agriculteurs animés par André Pochon, décidant de changer radicalement de système de production. Nous allions l’expertiser pour montrer que le changement qu’ils allaient mettre en œuvre était le bon, il ne leur a fallu que 5 ans, et attendre ensuite 20 ans pour que l’agro- écologie se mette en marche !

Durant ce temps les dégâts, après les nitrates, se sont fortement accrus (pesticides, biodiversité, effet de serre…) Et le modèle dominant est toujours là ! Et maintenant ceux qui le pratiquent, comme ceux qui l’ont réformé, sont victimes de graves crises, de la viande, du lait et maintenant des céréales, aggravées par la sécheresse, ce qui risque fort de se reproduire avec le réchauffement climatique.

La politique du produire plus en consommant et en polluant plus n’avait aucune chance de perdurer, tout en étant suicidaire pour les producteurs comme les citoyens et les consommateurs.

 

2 / Structures de production

 La dépendance, une grande faiblesse

D’entièrement autonomes voici à peine 70 ans les fermes d’élevage comme les autres sont devenues entièrement dépendantes.

J’ai pu retracer dans le détail le fonctionnement d’une ferme parentale voisine de la Beauce en 1930. Les forces de production venaient presque uniquement des chevaux et du personnel. Le produit provenait surtout des animaux, outre le blé qui occupait 30% de la surfacce. La luzerne, l’orge, et l’avoine surtout seraient à alimenter, chevaux, moutons (agneaux de Pâques et laine) et vaches.

Ce sont tous les gens de la ferme, du village et bien au delà qui vivaient des ressources de la ferme, grâce au lait, la basse cour et les légumes de plein champs ; sans compter les pommiers à cidre répartis dans toute la plaine, pour la boisson et le plaisir, une grande richesse !

L’agriculture d’aujourd’hui est sous la dépendance des industries d’amont pour le matériel, les engrais, les phytos … - et de celles d’aval auxquelles elle vend ses produits. L’agriculteur est à ce point dépendant qu’il ne tire plus de revenu de son travail puisqu’il provient entièrement des primes qui le rendent dépendant des gouvernements, et en fait des citoyens qui paient l’impôt.Les primes servent en fait à payer les dépenses en intrants et les intérêts des emprunts. Les consommateurs eux bénéficient du prix bas des aliments, lait viande sucre pain, tout en étant aussi victime du fait de l’obésité et des pollutions. Les grandes surfaces y trouvent leur compte puisque ce sont des produits d’appel pour les autres qui se vendent bien plus cher.

Les agriculteurs sont les principales victimes, car de moins bien moins bien soutenus du fait de leur poids électoral qui diminue avec leur nombre. Les dettes virent à la faillite dès la moindre chute des prix. Les citoyens compatissent à leur malheur, tout en leur réclamant des produits de qualité que seuls une minorité peut leur garantir.

Cercle vicieux dont personne ne voit la sortie.

 

Libéralisme et dérégulation

Voici 30 ans l’énorme surproduction de poudre de lait et de beurre a mis l’élevage en péril, obligeant l’Europe à instaurer les quotas laitiers, bientôt accompagnés de mesures pour préserver l’environnement sous forme de primes à certaines pratiques durables. Cet arsenal de la PAC a bien fonctionné jusqu’à aujourd’hui bien que le volet vert soit resté insuffisant. Les agriculteurs n’ont pas joué le jeu en continuant à produire plus avec plus d’intrants, et avec des coûts de production élevés et une marge faible, Et sans se rendre compte que le dépenser plus faisait l’affaire des industries d’Amont, et que les industries d’Aval n’étaient pas prêtes non plus à se sacrifier, préférant même à s’investir à l’étranger.

 

La libre concurrence : le coup de grâce

Un marché laitier très réduit

Le marché laitier mondial ne représente que 7 % de la production, il est donc très réduit. De plus il est constitué de poudre de lait et de produits industriels transformés de faible valeur. Or c’est ce marché qui sert à fixer le prix du lait.

L’Europe hors course face aux concurrents

L’Europe, la Nouvelle Zélande et les USA représentent 70 % de la production mondiale, mais l’Europe n’est qu’un petit exportateur, 10 % de sa production !

-         La Nouvelle Zélande exporte à l’inverse 90 % de sa production, elle produit du lait à l’herbe de faible coût, elle est très puissante du fait que producteurs et vendeurs ne font qu’un,

-         Les USA produisent du lait à bas coût, en majorité sur les grands espaces inhabités des Rocheuses, avec de faibles contraintes environnementales. De plus le lait est maintenant payé avec une garantie de marge aux producteurs, le Farm Bill, 2014.

De ce fait l’ouverture du marché du lait par la CEE est suicidaire pour les éleveurs, les conduisant à la course au volume, aux investissements et au surendettement, et les mettant à la merci des banques. Malgré la leçon qui pourrait être tirée du Danemark qui a vu ses énormes fermes laitières en faillite passer aux mains des banques. Les éleveurs sont en effet devenus leurs salariés.

Pire, pour leur malheur ce libéralisme suicidaire est soutenu par les leaders de la FNSEA et de la FNPL ! Les conseillers des producteurs !

 

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