Pesticides et agriculture

 Pour produire correctement l’agriculture a besoin normalement de sols adéquats, d’eau, de végétaux et d’animaux domestiqués, de composés fertilisants, de travail (avec jadis l’aide d’animaux de trait). Par contre la production végétale est entravée par la présence de plantes adventices, d’insectes, de maladies cryptogamiques. La production animale est perturbée par des parasites et des insectes vecteurs de maladies. Historiquement les agriculteurs et les éleveurs avaient des pratiques permettant de limiter les effets de toutes ces pestes (faux semis, sélection contre les maladies,…), mais avec des rendements finaux assez faibles. Au fil du temps et surtout à partir de 1945 des solutions ont été proposées aux agriculteurs pour résoudre une partie de leurs problèmes.

 

 

Ainsi, quasiment en même temps se sont développés : la mécanisation, la restructuration foncière, la fertilisation chimique, la sélection de plantes et d’animaux de plus en plus performants, la culture du maïs, et les pesticides. Tous ces éléments ont été vus d’une façon très positive et les critères principaux utilisés par l’agriculture ont été le rendement et la facilité du travail. La façon de travailler des agriculteurs a changé, le travail devenant en particulier moins pénible, les aléas climatiques ayant moins de prise. Le statut des agriculteurs s’est aussi amélioré. Dans ce contexte les pesticides, appelés phytosanitaires, ont joué un grand rôle. Ils sont même devenus omniprésents, avec traitement des graines avant semis, activité systémique contre les insectes, traitements des sols…traitement chronique des animaux domestiques.

 

Mais tous les avantages perçus au départ laissent maintenant place à de grands doutes…En effet il a fallu interdire de nombreux produits (herbicides polluants les eaux, DDT..) et les études se sont multipliées.

 

Tout d’abord on a de plus en plus de renseignements sur la dangerosité de ces produits vis-à-vis de notre santé. Des livres et des émissions de télévision y ont été consacrés, des associations se sont constituées. Ce ne sera pas notre propos. Nous voudrions souligner ici la dangerosité des pesticides pour l’agriculture elle-même et pour la biodiversité.

 

Impacts des pesticides sur l’agriculture et l’élevage :

 

Voici les principaux impacts notés :

 

-Baisse de la résistance des plantes et des animaux contre leurs agresseurs. La sélection se faisant dans un contexte plus protégé, a moins pris en compte les défenses naturelles.

 

-Développement de résistances chez les adventices et les ravageurs. C’est de plus en plus net et visible. Cela oblige le recours à des doses plus élevées, à changer de produits, à en mettre plusieurs ! C’est aussi une course de vitesse et un recours sans fin aux produits chimiques.

 

-Abandon des techniques alternatives pour limiter les adventices, les insectes, les parasites, et donc une dépendance de plus en plus grande aux pesticides. Seuls les agriculteurs bio et quelques « durables » n’ont pas recours aux pesticides de synthèse (des produits « naturels » sont utilisés : bouillie bordelaise, cuivre,..).

 

                Par ailleurs il existe un contexte commercial qui exige des matières premières  (céréales, fruits, ..) « propres ». C’est une incitation à l’usage systématique des pesticides.

 

                Notons enfin que les intérêts économiques  en jeu sont tels maintenant que les filières agricoles sont plus ou moins prisonnières du recours aux pesticides (idem pour antibiotiques,..).

 

                Dans le plan Ecophyto il existe cependant des actions de recherche, des démonstrations, des actions de communication. Malheureusement, malgré son lancement il y a maintenant 5 ans, le plan Ecophyto n’a toujours pas donné de résultats. Les causes de cet échec sont à analyser sur différents plans, en particulier sociaux et psychologiques.

 

 

Impacts des pesticides sur la biodiversité :

 

Les pesticides sont des composés toxiques. Il était illusoire de penser qu’ils n’agiraient que sur leurs cibles désignées ! Dispersés dans l’environnement ils sont donc partout et ont un effet sur toutes les espèces sauvages qu’ils atteignent. Les modes d’actions (intoxications directes, bioaccumulations,..) sont variées et nous ne citerons que la liste des impacts finaux :

 

-mortalité aigue des plantes et insectes en zones cultivées, mortalité des insectes décomposeurs des fécés animaux. Les amphibiens sont très sensibles aux produits pesticides. L’augmentation de la « propreté «  des zones cultivées par les pesticides a entrainé la disparition de plantes et d’insectes qui permettaient la présence de nombreux oiseaux (perdrix, alouettes, bruants,..). La destruction de la faune et de la flore va alors bien au-delà de la simple protection des cultures !

 

-mortalité indirectes, par bioamplification (exemple du DDT avec l’augmentation de la fragilité des œufs de Faucon pèlerin, alors que ces oiseaux ne sont pas directement exposés).

 

-apparition de déséquilibres importants dans les écosystèmes non agricoles : les espèces pollutotolérantes augmentent, les autres diminuent.

 

-augmentation du risque de voir des pesticides contre d’autres ravageurs, tels limaces, nématodes,…

 

-réduction sensible de la faune des sols (vers,  larves) source de nourriture pour de nombreux animaux vertébrés, en zones agricoles, en zones d’élevage, mais aussi en zones naturelles.

 

-lutte à grande échelle contre les rongeurs par des produits de synthèse uniquement, sans recours à des pratiques permettant l’augmentation des prédateurs.

 

-chute nette des populations de pollinisateurs. Cette chute est d’ailleurs très inquiétante pour certaines productions agricoles.

 

La baisse de la biodiversté dans les zones agricoles et proches n’est cependant pas du qu’aux pesticides. La restructuration foncière a joué à ce niveau un rôle négatif important. La mécanisation, en permettant des labours profonds, a ruiné les populations de vers de terre. La poursuite problématique de la destruction des prédateurs naturels (renards, fouines, ..) est aussi une autre cause.

 

Cet exposé à charge ne veut pas dire qu’il faille revenir à ce qui se faisait il y a 100 ans ! Les connaissances ont terriblement évoluées. De nombreux scientifiques, agriculteurs et éleveurs cherchent des solutions sans pesticides. Il en existe, certes toujours un peu plus complexes à mettre en œuvre qu’un épandage de pesticides ou la dispersion de grains empoisonnés, mais il en existe, c’est essentiel !

 

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