Le sol et l'Homme

Le sol : Un matériau grouillant de vie, dangereusement dégradé par l’action humaine.

L’agro-écologie : un puissant outil de régénération des sols


 

Le sol se forme sur les roches altérées par les variations de température entre gel et chaleur humide et par l’acidité des pluies chargées de dioxyde de carbone. Ce matériau est transformé par tout un monde de bestioles, de champignons et de bactéries qui mangent les végétaux, les fragmentent, digèrent la litière de feuilles et de racines et produisent l’humus. Un brassage extraordinaire entre le matériau et cette matière organique produit le mélange intime entre argile et humus. Ce complexe argile+humus donne une structure poreuse et aérée au sol, permet la pénétration des pluies, le stockage de l’eau et des éléments nutritifs et la formation de minuscules mottes de terre chargées d’eau et de minéraux et propices à l’exploration par les champignons et les racines.

 

En labourant, le cultivateur accélère la dégradation de l’humus et dénude le sol. Il casse l’activité des vers de terre et ouvre le champ à l’érosion. On a ainsi désertifié 1 milliard d’ha au 20ème siècle. En utilisant les pesticides il menace l’intégrité de la vie humaine. En labourant, en fertilisant en azote minéral et en intensifiant l’élevage, il libère en quantité le dioxyde de carbone, l’oxyde nitreux et le méthane, et autres gaz à effet de serre.

 

Aujourd’hui, l’agro-écologie ouvre la voie à une agriculture de sols régénérés et durables. Il s’agit de maintenir des cultures en permanence pour couvrir le sol et l’alimenter en matière organique comme en forêt, à fixer l’azote de l’air par les légumineuses, et à recycler les éléments nutritifs par la pratique conjointe de la culture et de l’élevage et la mise en place de haies, de vergers et de parcs boisés cultivés. Cette nouvelle agriculture s’affranchit des pesticides dont on commence à connaître le danger pour le fétus humain et minimise les achats d’engrais et le travail du sol au prix d’un savoir faire et d’un travail fin adaptés aux conditions locales.

 

En matière de gouvernance de la gestion des sols, les instances mondiales sont partagées entre deux options :

 

1° le ‘land sparing’ qui consiste à épargner les terres de toute culture dans des parcs nationaux et à cultiver librement les terres productives pour l’alimentation humaine, les aliments du bétail et la bio-énergie dans le système « semences sélectionnées passe-partout +engrais +pesticides +irrigation ». C’est le domaine de l’agriculture industrielle qui prétend nourrir les 9 milliards d’habitants en 2050 en ayant préalablement chassés les paysans pauvres vers les bidonvilles et l’émigration, c'est-à-dire des guerres en perspective.

 

2° le ‘land sharing’ le partage de la terre en une grande diversité de cultures, de prairies et de parcs boisés, gérés en agro-écologie : « semences paysannes locales +légumineuses fixatrices d’azote + association de l’élevage et de la culture protégée par des arbres et enrichie par le recyclage des fumiers et la montée des éléments nutritifs depuis les racines profondes ». C’est le domaine prometteur d’une nouvelle agriculture paysanne, (500 millions de familles agricoles) et le problème de la faim résolu par la mobilisation des savoirs faire paysans et de la recherche agronomique sur les écosystèmes agricoles complexes depuis le sol jusqu’à l’économie de coopération. Le stockage des denrées, la régulation des productions et des marchés, l’alphabétisation généralisée, les voies de communication, font partie des appuis indispensables à cette nouvelle agriculture. C’est le prix de la paix et il est tout à fait à notre portée.

 

François Xavier de Montard, directeur de recherche honoraire de l’INRA, secrétaire du Groupe Scientifique de Réflexion et d’Information pour un Développement Durable - GREFFE

 

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