Attention aux fausses solutions

 

La présidence française de la COP21 a fait de l’engagement des initiatives non étatiques en matière de climat une de ses priorités. Rassemblées dans le « Lima-Paris-Actions-Agenda » (LPAA), toutes ces actions doivent compléter les engagements des Etats qui se retrouveront dans le futur accord. Si l’intention est louable, la mise en pratique est plus problématique. Tout n’est pas bon à prendre en matière de lutte contre le réchauffement planétaire et les risques de promotions de « fausses solutions » sont bien réels. Décryptage de FNE.

 

LPAA, kézako ?

 

Depuis le sommet de Rio en 1992, plus de 30 ans de mobilisation pour le climat ont permis de comprendre que la solution passera par l’engagement et l’effort de toutes les composantes de la société : Etats mais aussi entreprises, collectivités, ONG... Le LPAA a pour ambition d’accompagner, de refléter et d’amplifier les solutions existantes et d’avenir pour la transition énergétique et écologique et pour un monde plus résilient. Or à ce jour les principes de gouvernance et les critères de sélection des initiatives sont trop faibles pour éviter que de fausses solutions ne fassent leur entrée dans la plateforme.

 

 

Nucléaire : une solution à rien, pas même au climat 

 

Le nucléaire est aujourd’hui présenté comme une solution pour « décarbonner » notre modèle énergétique. Or le nucléaire est indissociable de nombreux risques, à la fois humains et environnementaux. Outre la pollution liée aux mines d’uranium et au rejet de substances radioactives et chimiques dans l’environnement, la filière produit des déchets extrêmement toxiques, qui resteront dangereux pour des millions d’années. Le risque d’accident ne peut être écarté, comme l’ont montré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. De plus, l’énergie nucléaire n’est pas neutre en carbone. La réaction nucléaire n’émet certes pas de gaz à effet de serre (GES). En revanche, la fabrication du combustible, de l’extraction de l’uranium à la réalisation des assemblages, ainsi que la construction des réacteurs, l’exploitation, la gestion des déchets et le démantèlement sont chacun générateurs d’émissions de GES.

 

 

Agro-carburants : manger ou conduire, il faut choisir

 

Créés à partir de la transformation de matériaux organiques non fossiles issus de la biomasse, les agro-carburants sont présentés depuis une dizaine d’années par l’industrie agro-alimentaire ainsi que par les pouvoirs publics comme une solution face à la dépendance énergétique, aux émissions de gaz à effet de serre et au manque de débouchés agricoles. Or quand on y regarde de plus près, il n’en est rien, bien au contraire. Loin de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports, la production industrielle d’agro-carburants se révèle souvent plus polluante que l’utilisation d’énergies fossiles. En effet, de la culture des végétaux jusqu’à la sortie de l’usine, la production d’agro-carburants nécessite un apport important en énergie fossile. Pire, la production toujours croissante d’agro-carburants destinés à alimenter les marchés européens et nord-américains entraîne la destruction massive de « puits de carbone » comme les forêts, les prairies ou les tourbières (changement d’affectation des sols direct et indirect1).

 

Pour Denez l’Hostis, président de FNE : « L’accord de Paris doit être universel et ne laisser personne de côté s’il veut atteindre ses objectifs. La participation des acteurs étatiques s’avère dans ce sens incontournable. Mais pas à n’importe quel prix. Nous devons nous assurer que les solutions promues dans le LPAA reposeront sur des critères précis et objectifs. »

 

 

1 On parle de changement d’affectation des sols indirect (CASI) (ou ILUC, Indirect Land Use Change en anglais) quand les cultures énergétiques se mettent en place sur des parcelles actuellement en production alimentaire et que ces dernières se déplacent sur des surfaces non agricoles, en particulier des prairies ou des forêts.

 

 

Contacts Presse :

Jean-Baptiste Poncelet, Coordinateur COP21, 06 79 21 31 14

Benoît Hartmann, porte parole, 06 87 70 41 07

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