6 ième plan d'actions régional contre la pollution par les nitrates d'origine agricole: l'avis de la FRANE

Ces directives visent essentiellement à diminuer la pollution de l'eau par les nitrates.

 

          Une première partie décrit le contexte historique des directives depuis 1996 : évolution structurelle (plan national avec déclinaison régionale depuis 2012) et définition du périmètre d'application (zones dites vulnérables). Seules ces zones sont concernées par les plans d'action (55 % de la surface agricole utile SAU actuellement, ADEME).

          Une deuxième partie décrit le 5e programme (2014-2018) pour les 2 régions et donne la liste des mesures du plan national. Puis elle indique pour les plans régionaux :

- les renforcements des mesures, qui sont modifiables par région pour Auvergne et Rhône Alpes : dates d'interdiction des épandages (1), limitation épandage par rapport aux besoins (3), couverture des sol pour éviter les fuites d'azote (7), couverture végétale en bordure d’eau (8). Les choix de renforcement sont souvent différents entre Auvergne et Rhône Alpes.

- les attentes concernant les impacts environnementaux sur les nitrates -ainsi que plus globaux- et les justifications des renforcements des mesures, pour Auvergne et Rhône Alpes.

          Une troisième partie présente les indicateurs (état, pression et réponse) qui paraissent pertinents et abordables pour un bilan avant et au cours du suivi de ce programme, on note d'emblée des différences de choix d'indicateurs entre Auvergne (davantage d'indicateurs globalement) et Rhône Alpes. Seuls des indicateurs de réponse sont le plus souvent communs.

          Une dernière partie fait un bilan des 5e programmes d 'action régionaux

 

Objectifs du projet :

–    réactualiser et préparer le 6e plan.

–    reprendre différences régionales au niveau des mesures renforcées et des applications de l'ensemble des mesures, dans une perspective de convergence.

–    définir indicateurs pertinents pour AuRA

 

Notre objectif : analyser et commenter ce projet : en aide :

- « Agriculture et Environnement » fiches pour accompagner la transition agroécologique, ADEME

- « Guide du Plan prévisionnel de fumure en zones vulnérables », document Chambre Agriculture PDD 2017

- « Mesures nitrates » DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes, Février 2017

- « Programme d’actions national consolidé au 14 octobre 2016 » JO

 

Partie 1: le CONTEXTE

Les « plans d'action nitrates » se succèdent depuis l'adoption en 1991 de la directive nitrates européenne : 1996-2000, 2001-2003, 2004-2007, 2008-2012 et le 5e en cours 2012-2017 et concernent les zones dites vulnérables, correspondent aux bassins versants Loire-Bretagne, Adour-Garonne et Rhône-Méditerranée et ayant été définies en 2007 par des arrêtés régionaux (communes et surfaces, Auvergne et RA).

Selon des recommandations européennes, après 2010 ont été introduites des précisions concernant les zones vulnérables. Depuis, elles ont été constamment revues : en 2012, 2015 et 2017. Le bilan présentera les résultats selon les arrêtés de 2007 et 2012, avec de fortes augmentations de surface (Auv = en 2007 : 158 152 m2, en 2012 : 239 946 et pour RA = en 2007 : 398 071, en 2012 : 747 380), en 2017, ces surfaces sont à la hausse (Auv = 490 954 et RA = 812 907).

Selon des recommandations européennes, après 2012 ont été introduits les plans régionaux. Le plan d'action national définit 9 mesures à appliquer pour améliorer la teneur des eaux en nitrates. Cinq sont renforçables depuis 2012 au niveau des régions, d'où les plans d'action régionaux, les autres doivent être applicables telles que.

Les mesures à renforcer sont : dates d'interdiction des épandages (1), limitation épandage par rapport aux besoins (3), couverture des sol par des cultures intermédiaires CI pour éviter les fuites d'azote pendant les périodes pluvieuses, certaines CI contribuant à capter l'azote en excès = PAN, pièges à nitrates (7), mise en place et maintien d’une couverture végétale permanente le long des cours d’eau, sections de cours d’eau et plans d’eau de plus de dix hectares (8). La mesure 9 définit les mesures renforcées pour les zones de captage (ZAR = Zones d'action renforcées).

Les mesures applicables telles que sont : s 'assurer d'une capacité de stockage suffisante des effluents d'élevage, entre « production » des différents types d'effluents dans les bâtiments et épandage (2), réaliser au niveau de chaque exploitation en zone vulnérable un bilan azote, avec les prévisions de gestion de fertilisation azotée formalisé dans les PPF annuels « Plan Prévisionnel de Fumure » et suivi dans les CEP « Cahiers Enregistrement des Pratiques » (3 et 4). Enfin, la mesure 5 définit la dose maximale d'azote efficace épandable soit 170 kg/ha sur les zones SPE (potentiellement épandables), la 6 les conditions d'épandage par rapport aux cours d'eau et sols perturbés (détrempés, gelés etc..)..

On remarque que l'essentiel des mesures liées à la fertilisation azotée concerne les effluents d'élevage, ce document pourrait s'intituler « comment gérer l'excès des effluents d'élevage découlant de la stabulation », ceci sans trop contribuer à l'excès d'azote consécutif à des pratiques agricoles !!!! encore récentes basées sur l'utilisation d'engrais (excès azote en 2010 : 30 kg azote/ha des SAU, entre Bretagne 65 à 145 kg/ha et Massif central entre 5 et 30/ha, en moyenne 28 % de la fertilisation minérale + organique, ADEME)

Pourquoi limiter ces pratiques aux zones « dites » vulnérables, puisque la pollution azotée (ammoniac NH3 et oxydes d'azote) touche aussi la qualité de l'air ? Et la pollution aquatique est tout à fait possible en dehors des bassins versants. Les classements et déclassements de parcelles en zones vulnérables ou non compliquent l'application correcte des directives nitrates, autant pour les agriculteurs que pour les organismes.

La présentation des cultures intermédiaires se fait sous l'angle de la protection contre le lessivage des nitrates en automne ou pour récupérer le reliquat d'azote post-récolte en excès (CIPAN), risquant de polluer l'eau. Nous verrons plus loin que ces cultures intermédiaires ont beaucoup d'autres avantages, mais aussi qu'elles sont très peu pratiquées au final, il y a beaucoup de dérogations (11 % de la SAU en zone vulnérable alors qu'obligatoires depuis 2006, ADEME).

 

Partie 2 : le 5éme plan en Auvergne et Rhône Alpes

Le document présente les mesures renforcées, avec les choix faits sur les 2 ex-régions, en fonction des impacts environnementaux attendus et leurs justifications. Quatre mesures dans le « plan d'action national » PAN sont renforcées au niveau des régions Auvergne et Rhône Alpes (dans un but de meilleur impact environnemental). La mesure 9 (ZAR) est renforcée seulement en RA.

Résumés et commentaires concernant la fertilisation azotée

Les mesures 1 et 3 concernent la fertilisation azotée, essentiellement la réglementation par rapport aux fertilisants provenant de l'élevage et boues diverses (type I = fumiers compacts, composts et boues, C/N > 8 et II lisiers, purins et effluents résiduaires divers, C/N <8), les fertilisants azotés de type III (produits par l'industrie : engrais minéraux et uréiques).

D'autres mesures du plan national réglementent sur ce thème (la 2, 4, 5 et 6)..

La mesure 1 définit les périodes minimales d'épandage (ou sous un autre angle les périodes d'interdiction) sur les différents types de sols (non cultivés, avec différentes cultures, CI, CIPAN, prairies etc...).

Il faut limiter l'épandage selon les périodes et les cultures (exemple : en période de pluie, limiter la minéralisation de l'azote organique et la lixiviation nitrates et phosphates) ce qui aura des avantages (amélioration qualité de l'eau, biodiversité, qualité de l'air avec limitation des pertes gazeuses d'azote).

Il est clair que fixer des dates annuelles sur de vastes territoires pour interdire l'épandage sans tenir compte des aléas météo n’aurait pas de sens si cette mesure n'était pas complétée par la mesure 6 (interdiction sur sols détrempés, gelés etc...).

La fertilisation par épandage des CI et stt des CIPAN (effluents types I et II) est envisagée de façon limitée, et quand elle est autorisée dans le plan national à un max de 70 kg N efficace/ ha, chiffre que seule RA a choisi d'abaisser à 30.

La mesure 3 limite les épandages en fonction des besoins, les renforcements (fractionnements des fortes doses) sont gérés différemment, un fractionnement est obligatoire au delà de 100 U/ha d'apport global en Auvergne et par contre des recommandations pour des fractionnements pour des apports globaux plus faibles et par type de culture sont préconisés en RA. Les justificatifs environnementaux sont les mêmes que pour la mesure 1.

Cette mesure ainsi que la 4 obligent les exploitations de plus de 3ha en zone vulnérables à rédiger un PPF annuel évaluant les besoins en azote (fonctions des sols et des cultures) et de la quantité d'azote efficace (tenant compte de l'azote minéralisé déjà présent et des apports d'azote organique minéralisables), toutes les opérations devant être consignées dans le CEP. Des documents aident les exploitants (ex : guide de la CA du PDD), grâce à de très nombreux tableaux et conseils.

Comme dit ci dessus, l'essentiel des mesures (1 à 6) concernent la fertilisation azotée, donc la gestion des effluents d'élevage, en trop grande quantité depuis que les élevages deviennent importants.

Il est nécessaire de limiter la quantité d'azote épandable, un maximum est fixé au niveau national. Il faut respecter des calendriers, vis à vis des cultures différentes. Les composts semblent la meilleure solution, la plus respectueuse sur le plan de la composition des sols et de leur C/N.

La gestion des capacités de stockage est très strictement encadrée, il existe une aide par un référentiel, intégrant les effluents en fonction du cheptel. Mais l'on conçoit que les agriculteurs doivent beaucoup s'endetter pour aérer et évacuer rapidement les bâtiments, conserver dans les meilleures conditions possibles les effluents de type I ou II (fosse étanche ou tas aux champs), le plus longtemps possible pour choisir une période favorable à l'épandage, en raison des risques de pollution de l'eau (la volatilisation est peu envisagée, on sait pourtant que le mélange urines-fèces est très favorable à la production de gaz ammoniac et que les conditions d'anaérobiose favorisent l'émission d'oxydes d'azote).

Toute cette gestion des effluents d'élevage est sous la responsabilité de l'agriculteur -certes conseillé- et il doit vraiment formaliser le « bilan azote » de son exploitation.

Beaucoup d'opérations compliquées et chères pour un exploitant, dans un contexte de risque de diminution de l'élevage, qui est en marche sous l'influence des citoyens. Une meilleure prise en charge de l'abattage, l'obtention d'une viande de bonne qualité parce que nourrie dans le respect de l'animal permettront -nous l'espérons tous- de sauver la filière élevage, mais ceci veut dire qu'encourager la stabulation excessive et la gestion d'effluents en grande quantité est un combat d'arrière-garde. Et qu'il faut se hâter de repenser tout cela.

L'élevage en pâture est la meilleure solution qui existe et la meilleure marché !! Il assure avec l'herbe une nourriture équilibrée, l'utilisation de maïs en grande quantité oblige à compléter avec du soja, alors que nous avons d'excellentes légumineuses faciles à introduire dans nos prairies ou à cultiver. L'élevage en prairie est associé à une moindre pollution de l'eau et à une moindre volatilisation d'ammoniac et d'oxydes d'azote. Les prairies ont un impact sur les adventices par l’implantation de pérennes, défavorisées sur les cultures.

Les prairies permettent de sauvegarder nos paysages, de filtrer l'eau, de préserver le sol, sa structuration et sa vie, …..et nous pouvons le penser le bien être animal.

Des périodes de stabulation sont nécessaire en période froide, mais devront être réduites au minimum, est il plus facile d'amener les vaches au pré ou de gérer tout l'azote en trop, même avec un PPF et un CEP ?

En remarque, les impacts environnementaux attendus et justificatifs cités dans les directives apportent peu d'éléments, car restent très généraux (« bateaux ») : qualité de l'eau, pas d'eutrophisation, de l'air, …et ne sont accompagnés d'aucune donnée chiffrée ou objective.

Certains documents aident à la gestion de l'azote pour les PPF et sont très complets (ex document de la Chambre agriculture du PDD), mais eux aussi restent dans l'optique azote, ainsi ils ne font pas allusion à l'importance des méthodes agroécologiques, alors qu'on sait que la minéralisation indispensable à la nutrition azotée des plantes dépend certes des apports d'azote, mais aussi de la vie du sol (porosité, bactéries aérobies, faune) donc des pratiques agricoles. Des sols de mauvaise qualité avec compactage et anaérobiose favorisent au contraire des processus de dénitrification, sources d'oxyde d'azote. D'une manière générale, les productions gazeuses de dérivés d'azote (volatilisation, dénitrification) ne sont pas envisagées ou très peu : ainsi le retournement des prairies n'est vu que comme source d'azote pour les cultures suivantes, sans citer toutes les pertes induites à court et moyen terme (NH3, oxydes d'azote, CO2 etc...) et tout en fin de document, en une page, quelques données pratiques sont indiquées pour réduire la volatilisation, considérée comme un risque de perte d'azote.

 

Résumés et commentaires concernant les couvertures végétales

La mesure 7 concerne les couvertures végétales transitoires sur les terres agricoles dans les périodes de pluies, pour éviter les fuites de nitrates dans l'eau. Il s'agit essentiellement des cultures intermédiaires CI d'automne souvent assez courtes (septembre-novembre ou décembre), elles ne sont souvent pas récoltées et leur implantation et destruction (enfouissement mécanique dans l'idéal ou destruction chimique, normalement interdite) sont très strictement programmées.

Des cultures intermédiaires plus longues sont implantées et peuvent être récoltées, elles sont dites « dérobées ». Elles peuvent jouer le rôle de piège à azote (PAN) utilisant l'azote post récolte. Elles ont l'avantage de recouvrir le sol et de protéger aussi contre le lessivage des sols.

En RA seulement, les légumineuses pures peuvent être utilisées en CIPAN, elles restitueront l'azote pour la culture suivante.

Sinon, il existe des différences de calendrier entre RA et Auvergne, ainsi qu'au niveau de la quantité d'azote autorisée par épandage des fertilisants I et II (30 en RA, 70 en Auvergne cf mesure 1).

Ces cultures intermédiaires ont beaucoup d'avantages environnementaux :qualité de l'eau, de l'air, du sol (racines). Un bémol : la destruction des cultures non dérobées (érosion si destruction mécanique ou pollution si destruction chimique, qui semble parfois autorisée)

Comme ci dessus, ces cultures intermédiaires sont présentées dans ces directives sous l'angle « nitrates » : contre le risques de fuites de nitrates en automne ou pour récupérer le reliquat d'azote post-récolte, les 2 risquant de polluer l'eau. Il est possible de fertiliser les CIPAN, de façon limitée, mais ceci est surprenant.

Elles ont pourtant beaucoup d'autres avantages et sont aussi sources de fertilisation : l’enfouissement est bénéfique pour les sols, les cultures dérobées peuvent fournir du fourrage, toutes apportent de la matière organique dans les sols. Certaines espèces comme les brassicacées sont à la fois des pièges à nitrates, ont un système racinaire pivotant pour aérer les sols et constituent des fourrages. Même les fabacées ou légumineuses productrices d'azote peuvent aussi utiliser les nitrates (en limitant temporairement l'activité de la nitrogénase, capable de capter l'azote N2 de l'air pour produire des nutriments azotés dans la plante), tout en fertilisant les récoltes suivantes avec la reprise de l'activité nitrogénase. Les graminées sont aussi des pièges à nitrates tout en fournissant du fourrage. Un mélange d'espèces réunit tous ces avantages..

Enfin, un couvert permanent du sol est la meilleure protection possible de celui-ci. Une succession de cultures différentes favorise la régulation de ravageurs.

Avec le changement climatique, implanter des cultures intermédiaires en septembre est trop tardif par rapport aux récoltes et le mieux serait d'installer la culture aussitôt après les récoltes pour éviter la dégradation des sols, le sol ne doit pas rester nu l'été. Il faudrait laisser plus de liberté à l'agriculteur pour gérer ces cultures intermédiaires, au lieu de le bloquer dans des limites de calendrier.

La mesure 8 concerne les couvertures végétales permanentes le long des cours et plans d'eaux.

Les mesures renforcées prises en Auvergne (mesure applicables aussi aux fossés avec écoulement non considérés comme cours d'eau) et en RA (mesures applicables aussi à tous les plans d'eau visibles sur une carte IGN 1/25 000) sont différentes et très complémentaires. Ceci dans un contexte de protection de la qualité de l'eau et de diminution des phénomènes d'érosion.

Cette barrière végétale protège l'eau de la pollution par les nitrates, mais a bien sur beaucoup d'autres effets favorables.

Finalement le document de la DREAL est favorable à toutes les renforcements proposés, considérant qu'ils n'ont pas d’impacts négatifs. Cependant, il existe des différences de mesures renforcées entre Auvergne et RA, mais certaines sont parfois complémentaires et les associer serait positif et pour les autres il faudrait adopter les plus favorables à l'environnement (le plus souvent celles de RA)

 

Partie 3 : Les indicateurs

En pratique, les indicateurs peuvent être regroupés en trois catégories, dans l’ensemble, ils sont assez différents et l'Auvergne en a mis davantage en place.

Les indicateurs d’état : concernent la qualité des eaux superficielles et souterraines

Deux en RA (ex dosage de nitrates.....) et 4 différents en Auvergne (ex % mesures sup ou égales à 50 mg/l, % de cours d'eau eutrophisés etc....). Finalement les seconds incluent les premiers et sont plus complets, donnant une vue d'ensemble

Les indicateurs de pression : caractérisant les facteurs anthrophiques susceptibles d'intervenir.

Trois en RA (évaluation de l'élevage) et 10 en Auvergne (apports d'azote, reliquats post récoltes, suivi épandage....). Un seul indicateur est commun. Finalement là aussi les indicateurs sont complémentaires et pourraient être associés.

Les indicateurs de réponse : qui s’intéressent aux effets des actions mises en œuvre

Il y en a 22 en RA et 36 en Auvergne, 20 sont en commun.

Les 20 en commun concernent par exemple : l'évaluation du respect des dates d'épandage, les % d'exploitations contrôlées pour le stockage d’effluents, la présentation des PPF et CEP, les non-conformités de fertilisation, et à chaque fois aussi le % des contrevenants....La plupart sont en fait des contrôles de l'application des mesures.

Uniformiser les indicateurs serait assez facile. Pour les indicateurs de réponse, le plus simple a été de proposer des contrôles des réponses aux mesures de la directive nitrates. Nous verrons plus loin que ceci est loin d'être satisfaisant.

 

Partie 4 : Bilan du 5e programme

 

Pour faire ce bilan, il faut :

–    d'une part disposer de données « nitrates » dans les eau souterraines et superficielles : seront utilisées celles de la 6e campagne 2014-2015, collectées auprès des agences de l'eau.

–    d'autre part de disposer de données de statistiques agricoles, seules les données de recensement de 2010 sont disponibles pour présenter le « contexte agricole ». .

Les contrôles administratifs de « conditionnalité des aides PAC » en zone vulnérable ont constitué la plus grande partie des contrôles effectués, en effet les applications des mesures en font partie.

Les contrôles de la Police de l'eau (DDT, DDPE) concernent les stockages de fertilisants au champs, les épandages ainsi que les bordures enherbées à proximité des cours d'eau, enfin le couvert hivernal.

 

Données nitrates

On peut facilement les résumer.

- Pour les eaux souterraines, plusieurs points de mesures ont été définis et les analyses répétées : il ne faut pas dépasser le seuil de 50 mg/l, seuil de potabilité (attention au delà de 75 % de cette valeur, soit 37,5 mg/l)

Auvergne : 28 % des plvts > 50 et 45 >37,5 mg/l

RA : 13% > 50 et 27%> 37,5 mg/l

- Pour les eaux superficielles, plusieurs points de mesures ont été définis et les analyses répétées : il ne faut pas dépasser 18 mg/l (seuil d'eutrophisation)

Auvergne : 4% > 18 et RA : 12%> 18 mg/l.

 

Contexte agricole

Sur le nombre d'exploitations en zone vulnérable de 2054 en Auvergne et 9689 en RA en 2010 : on retrouve de façon prédominante des élevages et des grandes cultures dans les 2 ex-régions (les 2 représentent 78% en Auvergne et 64 % en RA), environ 16 % de polycultures élevage pour les 2, mais pour les autres types d'exploitations, une diversification plus importante en RA : plus de viticultures et surtout de maraîchages et cultures fruitières qu'en Auvergne.

Les contrôles ont été organisés au niveau départemental, avec tout le problème des évolutions des surfaces des SAU en zones vulnérables.

RA avait défini des priorités régionales (bords d'eau, couverture hivernale, respect périodes et conditions d'épandage). Les départements ont établi des listes d'exploitations susceptibles d'être contrôlées et un tirage aléatoire a été effectué, il faut un minimum de 1% par département.

Pour 2 départements d'Auvergne, pas de contrôles dans la période 2014-2016.

 

Bilan des contrôles

Chaque mesure de la directive nitrate est ensuite reprise, avec les % de non conformités en Auvergne et RA.

Mesure 1 (calendriers épandage) : bien respectée....mais pratiquement pas de contrôles sur le terrain, les dates de contrôles ne sont pas forcément pertinentes par rapport aux périodes d'épandage, on se contente de la lecture des CEP.

Mesure 2 (capacités de stockage) : bons résultats aussi. On note des difficultés d'application, en raison des investissements nécessaires, pour les petites exploitations, qui ont parfois du s'adapter, se convertir etc...

Mesure 3 (équilibre de fertilisation) : ici davantage de non-conformités (18 et 19% en Auvergne et RA), le plan prévisionnel de fumure PPF formalise l'application de cette mesure, mais il y a beaucoup de difficultés pratiques (évaluation du rendement des 5 dernières années, plafonnement des doses...).

En pratique, il faut l'aide de prestataires de services pour rédiger les PPF. Et l'expertise agronomique des contrôleurs n'est pas toujours suffisante, ce sont souvent des administratifs qui se contentent de relire les PPF.

Mesure 4 (enregistrement des pratiques) : ici pas mal de non-conformités, surtout en Auvergne 43 % et un peu moins en RA : 13%. L'aide des prestataires est nécessaire et donc représente un coût -et pas forcément une assurance d'absence d'anomalie-.

Mesure 5 (quantité max d'azote par ha) : bien respectée.

Mesure 6 (épandage sur sols modifiés ou à proximité des cours d'eau) : bien respectée mais très peu de contrôles de terrain en pratique (cf mesure 1) !!!

Mesure 7 (couverture hivernale des sols) : application moyennement respectée, avec 8% de non-conformités en RA, qui a limité les dérogations en imposant de les faire par arrêté préfectoral. On a 17 % de non-conformités en Auvergne, qui par ailleurs a permis de nombreuses dérogations à cette mesure pourtant très utile. Les contrôles de terrain indispensables ne sont pas faciles à réaliser (cf mesure 1).

Mesure 8 (bords d'eau) : bien respectée, principale difficulté = définition des entités cours et plans d'eau.

Mesure 9 (ZAR) : Pas de contrôles spécifiques.

Cependant des actions (Grenelle 2012) sur les captages dits prioritaires « nitrates » en zone vulnérable ont été programmées (16 en Auvergne et 64 en RA) et des bilans réguliers sont effectués.

 

On observe donc quelques différences entre les 2 ex régions pour certaines mesures (renforcements) et leurs applications (ex dérogations), ainsi qu'entre les indicateurs.

L'accompagnement des agriculteurs et la communication sont les seuls paramètres qui ont pu être très bien analysés au niveau de chaque département (fréquence réunions, site internet, courriers, plaquette, restitution des contrôles).

 

Au final, quelles sont les conclusions sur ce bilan ?

–    Les stratégies départementales présentent des différences dans l'organisation des contrôles.

–    La complexité de l’application des mesures 3 (plan de fumure) et 4 (enregistrement des pratiques) est reconnue.

–    L'application de la mesure 7 (cultures intermédiaires et couverture hivernale) est trop contraignante et soumise à dérogations.

–    La qualité des contrôles est insuffisante de façon générale (essentiellement données fournies par le dossier PAC).

–    Il manque des données : sur les statistiques agricoles, données « nitrates » permettant un suivi dans l'évaluation des mesures.

–    La complexité des zonages est un frein.

 

Que faire pour le 6e plan ?

- Intégrer les renforcements à l'échelle régionale (fusion des 2 ex régions)

- Améliorer les contrôles et leur qualité (aspect pédagogique pour l'exploitant, formation des contrôleurs, contrôles sur le terrain).

- Assurer un suivi annuel, avec tous les partenaires et obtenir un maximum de données.

 

Nos commentaires

Toutes les limites sont bien reconnues dans ce bilan.

–    Des résultats de contrôles artificiels (dossiers administratifs remplis par l'exploitant), pas de contrôles sur le terrain, compétences agronomiques des contrôleurs insuffisantes.

–    Des mesures à respecter beaucoup trop techniques et normatives, nécessitant des prestataires bien formés à la « formalisation » plus qu'au sujet réel (curieux : n'avons nous pas beaucoup d'autres exemples dans notre société de ce type de fonctionnement ?? )

–    Des données insuffisantes sur beaucoup d’éléments objectifs et importants (contexte agricole)

 

Le 6e plan prévoit en pratique peu de changements, même forme de directives, mêmes mesures, une homogénéisation régionale (on peut espérer que les choix seront les plus satisfaisants pour l'environnement), le souhait d'améliorer les contrôles par des formations des exploitants, des contrôleurs, la demande de moyens supplémentaires....

 

Nous regrettons que ces directives restent aussi isolées et déconnectées de tout le fonctionnement de l'agriculture, sachant que les pratiques agroécologiques sont capables de gérer les nitrates, que l'élevage intensif pourvoyeur de fertilisants azotés en trop grande quantité est devenu un modèle dépassé.

 

Nous regrettons que les organisations agricoles soient devenues plus administratives que professionnelles et ne soutiennent pas davantage l'agriculteur, plutôt que de le contraindre et de le contrôler. Beaucoup se sentent démunis et fragilisés par ces directives. Nous persistons à dire qu'il faut soutenir une agriculture respectueuse de l'environnement et même envisager une rétribution dès lors qu'elle est prouvée.

 

Nous rejoignons dans ce sens les agriculteurs mécontents de ces directives, nous sommes d'accord avec eux que la problématique « phosphates » doit être intégrée à la réflexion « nitrates ». Ils ont aussi raison de soulever les problèmes des boues diverses (stations épurations, …) que l'on veut épandre sur les terres agricoles ou rejets divers dans l'eau (produits ménagers, effluents industriels .....).

 

Nous savons aussi comme certains (voir « la France Agricole ») que les nitrates font partie de notre alimentation (dans les légumes verts, la betterave rouge), que les végétariens en consomment forcément plus. Et que leur dangerosité est discutable sur le plan alimentaire, certes, à condition de rester dans une quantité limitée. De là à dire qu'ils ont des effets positifs cardiovasculaires etc... vouloir atteindre les taux sanguins des tibétains (qui ont un mode de vie particulier, donc un métabolisme adapté), c'est beaucoup trop préliminaire !! la science n'a encore rien démontré.

 

Par contre nous connaissons les ravages de l'eutrophisation. Or, pour certains la prolifération des algues ne serait dûe qu'aux phosphates....

 

Ces assertions pourraient désamorcer les programmes contre l'excès de nitrates, et c'est ce que souhaitent certains agriculteurs, qui ne veulent pas revoir leur pratiques et restent dans l'idée de nourrir le monde à leur façon...

 

Inscription Newsletter

ECUREUIL.png

Se connecter