Avis FRANE : Consultation : classement ESOD

Consultation : Projet d’arrêté fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts

 

Lien vers la consulation

 

Au nom de la FRANE (Fédération Région AuRA Nature Environnement), nous émettons un avis défavorable ferme et sans réserve au projet d'arrêté soumis à la consultation publique concernant le classement des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD).

Notre opposition repose sur des éléments scientifiques incontestables, un bilan économique aberrant et des méthodes de gestion de la faune sauvage obsolètes et injustifiables.

 

  • Le coût financier des campagnes de destruction et de piégeage apparaît complètement disproportionné au regard de la réalité des dommages subis. Le coût global des destructions s'avère jusqu'à 8 fois supérieur au montant total des dégâts déclarés. En effet, l’étude Jiguet et al. estime le coût annuel des destructions entre 103 et 123 millions d’euros, pour des dégâts déclarés entre 8 et 23 millions d’euros par an. Consacrer autant d'argent public et d'énergie à détruire la faune sauvage sous prétexte de protéger des activités économiques relève d'une hérésie de gestion.

 

  • Le système actuel de classement repose majoritairement sur les déclarations de dégâts fournies par les usagers eux-mêmes. Or, ces données ne font l'objet de presque aucune vérification indépendante ou contradictoire sur le terrain. Ce manque critique de méthodologie laisse la porte ouverte à des déclarations surestimées, biaisées, voire fantaisistes, qui ne sauraient fonder une politique publique réglementaire d'élimination de la faune.

 

  • La classification ESOD nie le rôle écologique fondamental joué par ces espèces :
    • Régulation des ravageurs : Les petits prédateurs (renards, mustélidés) sont des régulateurs naturels et gratuits des populations de rongeurs, évitant aux agriculteurs des pertes de récoltes majeures et réduisant le recours aux pesticides.
    • Police sanitaire et santé publique : En consommant les rongeurs porteurs de tiques, le renard freine directement la propagation de la maladie de Lyme.
    • Dispersion des graines et biodiversité : Les corvidés et mammifères classés ESOD participent activement à la régénération forestière et à l'équilibre des milieux.

Détruire ces espèces détruit les services écologiques qu'elles nous rendent au quotidien.

 

  • La destruction systématique ne résout rien et crée un vide sanitaire rapidement comblé par de nouveaux individus. Le classement ESOD fait de l'élimination physique le premier réflexe, alors que la priorité absolue devrait légalement et éthiquement revenir aux méthodes de prévention alternatives et non létales (effarouchement, protection des élevages et des poulaillers, clôtures adaptées, modification des pratiques agricoles).

 

  • Ce projet d'arrêté s'inscrit en contradiction directe avec les travaux scientifiques de référence. Qu'il s'agisse des rapports du MNHN, de la FRB, de l'IGEDD ou des études indépendantes, l'ensemble de la littérature scientifique converge : la destruction massive des espèces dites "nuisibles" n'a aucun effet prouvé sur la baisse des dégâts à moyen et long terme. Persister dans cette voie relève du dogme et non d'une gestion fondée sur la preuve scientifique.

 

  • Derrière le classement de certaines espèces (comme le renard ou les corvidés), se cache trop souvent la volonté d'éliminer des "concurrents" des chasseurs. Il est inacceptable de détruire des prédateurs naturels dans le seul but de préserver le gibier d'élevage (faisans, perdrix) massivement lâché dans la nature à des fins purement cynégétiques.

 

  • Nous demandons fermement l'interdiction définitive de la vénerie sous terre (déterrage) du renard. Cette pratique, d'une cruauté extrême, consiste à traquer l'animal au fond de son terrier avec des chiens pour l'extirper et le mettre à mort. Injustifiable sur le plan éthique comme sanitaire, cette méthode barbare doit définitivement sortir de nos réglementations.

 

Conclusion

Pour l'ensemble de ces raisons éthiques, scientifiques, économiques et écologiques, notre association demande le retrait global de ce projet d'arrêté et la révision complète du cadre réglementaire pour aller vers une coexistence apaisée avec la faune sauvage.

 

 

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