Le loup : gestion concertée et prévention pour une coexistence durable

 

Arrêtés ministériels de destruction du loup en infraction avec la Convention de Berne, demande de déclassement du statut d’espèce protégée, violences et prises d’otages au parc national de la Vanoise, contre l’ALEPE dans les Cévennes, la question du loup fait débat dans l’opinion publique.

 

 

La position de FNE

 

FNE, dont la FRANE est membre, se positionne pour une co-existence du loup et des activités humaines en France. Ni l’un ni l’autre ne peut être sacrifié et les pouvoirs publics et les différentes parties prenantes se doivent de faire concilier sur un même territoire à la fois les intérêts économiques et les objectifs environnementaux, que ce soit à court terme ou à long terme. Une gestion concertée permettra la mise en œuvre de mesures adaptées et conditionnées. Il n’est plus à prouver que le loup contribue à restaurer la qualité des écosystèmes en participant à la limitation des populations d’ongulés sauvages et à améliorer leur état sanitaire en réduisant la diffusion des épidémies par la faune sauvage.

 

Les moyens de cette coexistence durable résident dans la généralisation de l’emploi de moyens de protection et leur renforcement par la mise au point de nouveaux outils ainsi que la conduite de nouvelles expérimentations (notamment sur les effets de la dissuasion), une mutualisation des expériences et l’organisation de formations élargies sur la mise en œuvre des protections. La destruction d’individus ne peut être qu’un moyen ponctuel et ultime dans des situations définies et encadrées par l’Etat, en respect des conventions internationales, hors zones de colonisation, qui ne concernent pas les troupeaux non ou pas assez protégés. Ces derniers ne devant pas non plus faire l’objet d’indemnisation par l’Etat.

 

Pour qu’il y ait coexistence, il faut un dialogue, tant au niveau national que local.

 

 

Le loup en Auvergne

 

Le loup s’est réinstallé dans plusieurs territoires dont l’Auvergne. Le dernier loup d’Auvergne fut abattu au milieu du XXème siècle. Le dernier loup identifié avec certitude à proximité de l’Auvergne a été tué en 1951 en Lozère. Les premiers retours de loups ont eu lieu à la fin des années 80 dans le Mercantour depuis l’Italie. Pour l’Auvergne, c’est en 1997 qu’un loup, originaire des Abbruzes (Italie), est observé avant d’être fauché par une voiture dans le Cantal. Le retour du loup en Auvergne s’est avéré permanent par l’observation directe et l’analyse ADN d’un loup dans le secteur nord des Monts du Cantal entre 2008 et 2009.

 

Déjà en 2009, la FRANE se positionnait sur le sujet du loup (Auvergne environnement, n°113) et posait judicieusement la question « Quant aux dégâts sur les troupeaux, ne devrait-on pas privilégier la prévention à la gestion du loup ? ». Avant de conclure que la question du loup « est au cœur du rapport de l’homme à la nature. Avec le retour du loup en Auvergne, elle est posée avec force. Dans un contexte de prise de conscience de l’impératif de préserver notre environnement, quelle sera la réponse que notre région voudra lui donner ? ».

 

 

Vers la coexistence ?

 

Le loup était présent autrefois, en bien plus grand nombre. Une fois exterminé, le danger écarté, peurs et croyances populaires apaisées, les pratiques pastorales ont évoluées, avec des troupeaux de plus en plus importants et moins d’hommes pour les surveiller. Seulement, aujourd’hui, le loup revendique ce territoire qui fut sien et le partage est compliqué, d’autant que l’élevage ovin connaît un contexte difficile. "La cohabitation est aujourd'hui difficile en France car le savoir-faire face aux loups s'est perdu. Les éleveurs protègent moins leurs troupeaux que par le passé", estime Geneviève Carbone, ethnozoologue1. Le loup se rajoute au poids de la concurrence internationale qui met à mal l’élevage extensif, comme d’autres filières d’élevages et l’agriculture en général. Il est une contrainte mais il ne fera pas disparaître à lui seul le pastoralisme, surtout si on a la volonté de s’adapter autrement qu’en l’exterminant. L’éradication des grands prédateurs soulagerait peut-être les éleveurs de quelques difficultés mais pas les sylviculteurs et les agriculteurs qui subissent, entre autres, les dégâts des ongulés sauvages qui, sans ou par faible prédation, manquent de régulation, même s’ils ont leur place comme tout être vivant. Et n’oublions pas les chiens errants qui eux aussi font des dégâts sur les troupeaux. De plus, l'institut de l'élevage démontre que 80% des causes principales de mortalité chez les agneaux sevrés sont l'entérotoxémie (maladie bactérienne) et les maladies respiratoires ; pour les 20% restant : les chutes de rochers, la foudre, les chiens errants, le loup, le grand corbeau et autres causes comme le vol de bétail.

 

Le pastoralisme est un métier difficile mais la solution de facilité n’est pas toujours la bonne, on le voit aujourd’hui quand on constate l’état de l’environnement. Et on voit combien il est compliqué, à l’heure de la COP 21, de vivre en bonne intelligence avec les écosystèmes qui nous entourent après des siècles passés à essayer de faire plier la nature sous notre domination, la détruisant lentement.

 

 

1 Dix vérités et contre-vérités sur le loup - http://ecologie.blog.lemonde.fr

 

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