Hinkley Point, chronique d’une chute annoncée

Alors que depuis 2015 les signaux d’alerte se succèdent, EDF et l’Etat  (actionnaire à 85% d’EDF) persistent et signent : le conseil d’administration d’EDF a décidé ce jeudi 28 juillet d’enfermer la France dans le tout nucléaire en confirmant le projet d’EPR d’Hinkley Point en Angleterre. Pour FNE, cette décision est en contradiction totale avec la loi de transition énergétique et sera lourde de conséquences. FNE demande à l’Etat de revenir à la raison.

 

Un échec financier

Pour EDF, c’est l’heure des choix : prolonger la durée de vie de tous les réacteurs ou engager  la mise à niveau de certains. Ce chantier de grand carénage nécessite d’importants investissements, 51 Md d’euros d’ici 2025 ! Pour Fabien Veyret, responsable du réseau Energie de FNE: “ Les projets nucléaires « nouvelles générations » que sont l’EPR ou encore ITER sont eux aussi des gouffres financiers dont les budgets ne font qu’augmenter. Pour ITER le budget est passé de 4 milliards à 20 milliards en 2016 et pour l’EPR de 3 à 10 milliards en 2016 … et la note ne cesse d’augmenter et les retards de chantier de s’accumuler ! Cette situation est intenable et ce sont les contribuables qui paient ces errements !

En décembre dernier les marchés financiers ont d’ailleurs sanctionné EDF en le retirant du CAC40. Son action est passée d’une valeur de 31€ lors de son introduction en bourse en 2005 à tout juste 11€ en juillet 2016. Pour Fabien Veyret : “ cette sanction n’est pas anodine et alerte aussi sur les choix stratégiques de l’entreprise de continuer dans le tout nucléaire."

Un échec du projet d’entreprise

En décembre 2015 les élus du comité central d'entreprise (CCE) d'EDF ont déclenché pour la première fois un droit d'alerte devant la situation "économique et sociale préoccupante". Cette défiance des salariés s’est ainsi répétée à plusieurs reprises avec notamment en avril 2016 une lettre ouverte au Président de la République. Tous  les  syndicats de l’entreprise d’EDF manifestent leur inquiétude sur la stratégie d’EDF. Cette mobilisation des salariés démontre l’échec annoncé du projet d’entreprise porté par EDF.

Un échec de gouvernance

Cet échec du projet d’entreprise s’est accompagné d’un échec dans la gouvernance. Le directeur financier a préféré quitter l’entreprise en raison des erreurs de stratégie. Plus récemment un membre du conseil d’administration a préféré démissionner du conseil d’administration pour marquer sa défiance vis à vis des orientations stratégiques prises. Défiance qui se retrouve également dans le vote sur le projet Hinkley Point qui est intervenu ce jeudi 28 juillet avec 10 votes favorables pour, 7 votes contre. Les choix stratégiques ne font plus consensus et la gouvernance interne se fissure, à l’image de l’EPR.

Un échec budgétaire

La conséquence de ces échecs successifs se traduit également dans le budget de l’entreprise. Face aux provisions pharaoniques nécessaires au stockage des déchets nucléaire (Cigéo), au démantèlement des centrales, aux opérations de grand carénage et enfin des nouveaux projets, EDF, déjà endetté de plus de 37 Md d’euros, se voit contraint de céder sa filiale indépendante, RTE, à la Caisse des Dépôts et Consignations pour trouver de nouvelles liquidités. Fabien Veyret fulmine : “Ne nous leurrons pas, il s’agit d’un simple jeu de ligne comptable et c’est bien l’Etat, et donc nous tous, qui renflouons les caisses d’EDF incapable de réviser ses choix stratégiques et de prendre le virage de la transition énergétique.”

Un échec technologique

EDF est de plus confronté à un échec technologique concernant son projet EPR dont la liste des défauts de construction ne cesse de s’allonger. L'exemple le plus parlant porte sur les soupçons de falsifications pour la construction de la cuve du réacteur.

Cet échec technologique ne porte pas que sur les centrales nucléaires mais aussi sur le projet de centre de stockage des déchets CIGEO. Le retour d’expérience de l’accident survenu aux Etats Unis au WIPP démontre la dangerosité et l’impossibilité de mettre en oeuvre ce type de solution.

Denez L’Hostis, président de France Nature Environnement, demande à l’Etat : « de revenir à la raison et d’arrêter cette fuite en avant. Le Royaume-Uni se prononcera à l’automne sur Hinkley Point doit refuser ce projet. Les français n’ont pas à payer les erreurs stratégiques d’EDF réalisées avec le consentement de l’Etat. La transition énergétique ne peut plus souffrir d’être soutenue d’une main par l’Etat et sabotée de l’autre main. Nous ne sommes plus dupes de cette mascarade. »

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