Agrocarburant, la mort au tournant

Pendant qu'on alimente nos réservoirs avec du colza, du maïs ou de la betterave, 842 millions de personnes souffrent de la faim selon la FAO. Cet état de fait nous force à se poser cette question : "est-il légitime de soutenir les filières agrocarburants?". Pour France Nature Environnement, le réseau Action-Climat - France et les amis de la Terre, la réponse est clairement non. Or ce mercredi à Bruxelles sera décidé le sort de l'utilisation des agrocarburants en Europe.

 

UNE POLITIQUE DE SOUTIEN AUX AGROCARBURANTS, EN DÉPIT DES AVERTISSEMENTS INTERNATIONAUX

 

Dès 2011, la FAO et l’OCDE recommandaient aux pays du G20 d’abandonner les politiques de soutien aux agrocarburants. Depuis, des dizaines de rapports scientifiques s’accumulent pour montrer à quel point la politique actuelle est dévastatrice. Les millions d’hectares utilisés pour produire des agrocarburants (65% de l’huile végétale produite en Europe, 50% de la canne à sucre brésilienne, 40% du maïs américain finissent en carburants) ont déjà conduit à une augmentation des prix alimentaires, provoquant famines et émeutes de la faim. L’Europe n’a pourtant atteint que la moitié de ses objectifs, fixés à 10% d’ici 2020[2], ce qui laisse augurer du pire quand elle les atteindra. Les prévisions annoncent que les prix des oléagineux devraient augmenter de près de 20%, l’huile végétale jusqu’à 36%, le blé jusqu’à 13%, et le maïs de près de 22% à l’échelle mondiale d’ici 2020.

 

UNE SURFACE COMME L’IRLANDE POUR ALIMENTER DES MOTEURS

 

Pour atteindre les objectifs fixés par l’Union Européenne, il faudra augmenter les surfaces cultivées d’une surface équivalente à l’Irlande. Cette surface ne sera pas prise en Europe, faute de place, mais par effet rebond sera gagnée sur des zones actuellement non cultivées comme l’Amazonie, ou les forêts indonésiennes et malaisiennes sur lesquelles on fera pousser des palmiers à huile pour produire l’équivalent de l’huile de colza que l’on met dans nos moteurs européens. Ces fronts pionniers se font aux dépens de populations dont les cultures vivrières sont repoussées sans cesse plus loin, aux dépens des écosystèmes forestiers, parmi les plus riches mais les plus menacés du monde, aux dépens du climat puisque chaque arbre abattu contribue un peu plus à l’augmentation de l’effet de serre.

 

UNE POLITIQUE QUI COÛTE À TOUS ET NE RAPPORTE QU’À QUELQUES UNS

 

La politique européenne n’est pas sans coût pour le consommateur européen et français en particulier : 3 Milliards d’euros payés par les conducteurs hexagonaux entre 2005 et 2010 selon la cour des comptes, ou encore 6 Milliards d’euros en 2011 pour toute l’Union Européenne[3].

Des défiscalisations et une moindre efficacité énergétique (jusqu’à -30% pour le bioéthanol) pour un prix à la pompe qui reste au mieux identique sont les principales raisons de ces dépenses qui ne profitent qu’aux producteurs d’agrocarburants.

 

L’EUROPE ET LES ETATS MEMBRES ACTANT LES INCONVÉNIENTS MAJEURS DE LA PRODUCTION DES AGROCARBURANTS DOIVENT CESSER AU PLUS VITE LEUR SOUTIEN POLITIQUE EN SUPPRIMANT LE TAUX D’INCORPORATION, ET LEURS SOUTIENS ÉCONOMIQUES. LA FRANCE A COMMENCÉ À REVOIR SES AMBITIONS DE PRODUCTION D’AGROCARBURANTS À LA BAISSE EN ANNONÇANT LA FIN PROGRESSIVE DE LA DÉFISCALISATION DES AGROCARBURANTS D’ICI FIN 2015, ET LES ASSOCIATIONS RESTERONT ATTENTIVES À CE QUE CETTE MESURE SOIT BIEN APPLIQUÉE. PAR AILLEURS, IL SERAIT INCOMPRÉHENSIBLE QUE L’EUROPE, LEADER DE LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE CONTINUE DE PROMOUVOIR UN MODÈLE EXTRÊMEMENT CARBONÉ QU’EST CELUI DES AGROCARBURANTS[4].

 

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